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RDC:19 septembre 2016, quand la rue congolaise disait non au troisième mandat

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Tribune de NKUY KIMBUNGU WALLY WALTER

Chercheur en sciences politiques, UNIKIN

Dix ans après, que reste-t-il du 19 septembre 2016 ?

Il y a exactement dix ans, Kinshasa vivait l’une des journées les plus marquantes de la crise politique qui a précédé l’alternance de 2019 en République démocratique du Congo.

Le 19 septembre 2016, à l’appel du Rassemblement des forces politiques et sociales acquises au changement, des milliers de Congolais descendaient dans les rues pour réclamer notamment la tenue des élections dans les délais constitutionnels et le départ de Joseph Kabila au terme de son deuxième mandat. Le débat sur un éventuel troisième mandat occupait alors le centre de la scène politique congolaise.

Les tensions dégénérèrent rapidement en violences. Les forces de sécurité et les manifestants s’affrontèrent dans plusieurs quartiers de Kinshasa. Le secrétaire général de l’ONU avait fait état, dès le 19 septembre, d’au moins 17 morts, dont trois policiers.

Les enquêtes conduites ensuite par le Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l’homme ont fait apparaître un bilan beaucoup plus lourd pour les journées des 19 au 21 septembre. Le rapport préliminaire publié en octobre 2016 recensait 422 victimes de violations des droits humains, dont au moins 53 personnes tuées, 143 blessées et plus de 299 arrêtées arbitrairement. Il relevait également des violences commises par des manifestants, notamment la mort de quatre policiers.

La violence ne s’était pas limitée aux affrontements de rue. Des sièges de partis politiques furent attaqués et incendiés. Le siège de l’UDPS à Limete fut notamment détruit, tandis que d’autres permanences de formations de l’opposition furent également touchées. À l’époque, les responsabilités dans ces attaques firent l’objet d’accusations contradictoires entre pouvoir et opposition. Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme avait lui-même appelé à des enquêtes et fait état d’allégations impliquant notamment des hommes en uniforme dans certaines attaques contre des sièges de partis d’opposition.

Mais au-delà du bilan humain et matériel, le 19 septembre 2016 demeure surtout un moment de confrontation autour d’un principe : la limitation constitutionnelle du pouvoir présidentiel et le respect du calendrier électoral.

À cette époque, une partie importante de l’opposition et de la société civile considérait que le maintien de Joseph Kabila au-delà du 19 décembre 2016 serait contraire à l’esprit de la Constitution. Les Nations unies ont également rappelé que le 19 décembre 2016 correspondait à l’expiration du deuxième et dernier mandat constitutionnel du président Kabila.

Dix ans plus tard, la mémoire de cette journée invite à une réflexion qui dépasse les personnes et les camps politiques.

Qu’avons-nous réellement retenu du 19 septembre 2016 ?

La vie politique est faite d’évolutions. Les acteurs changent, les alliances se recomposent, les rapports de force se transforment et les priorités politiques peuvent également évoluer. Il serait donc difficile de considérer que les positions prises hier doivent mécaniquement rester identiques aujourd’hui.

Mais une démocratie a besoin de principes qui résistent aux alternances politiques.

La Constitution ne devrait pas être perçue comme l’instrument d’un camp contre un autre. Elle constitue le cadre juridique commun dans lequel majorité, opposition, institutions et citoyens doivent pouvoir inscrire leur action.

C’est précisément là que le souvenir du 19 septembre 2016 conserve toute sa portée.

Ce jour-là, des Congolais étaient descendus dans la rue pour défendre leur conception du respect de la Constitution et du principe de limitation du pouvoir. Les violences qui ont accompagné cette mobilisation ont laissé des morts, des blessés, des destructions et des blessures politiques encore présentes dans la mémoire collective.

Dix ans après, la véritable leçon ne devrait donc pas être seulement de savoir qui avait raison ou qui avait tort en 2016. Elle devrait être de s’interroger sur la capacité de la classe politique congolaise à appliquer les mêmes principes lorsqu’elle est dans l’opposition comme lorsqu’elle exerce le pouvoir.

Un principe démocratique ne gagne sa valeur que lorsqu’il s’applique à tous.

Le 19 septembre 2016 appartient désormais à l’histoire politique de la RDC. Mais son enseignement demeure actuel : les institutions sont plus solides lorsque les règles communes ne dépendent pas de ceux qui les appliquent à un moment donné.

La rue congolaise disait non au troisième mandat. Dix ans plus tard, cette date nous rappelle surtout que la démocratie ne se construit pas uniquement par les alternances de personnes, mais aussi par la constance des principes.

Tribune de NKUY KIMBUNGU WALLY WALTER, chercheur en sciences politiques, UNIKIN, publiée sur TOP243NEWS.

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