
Kinshasa,12 Janvier 2026 ( TOP243NEWS ).- La déclaration du président rwandais Paul Kagame, prononcée en avril 2023 à Cotonou lors d’une visite officielle au Bénin, agit aujourd’hui comme un puissante révélation politique et stratégique du conflit persistant à l’Est de la République démocratique du Congo (RDC).
Longtemps perçue comme une simple posture diplomatique, cette sortie médiatique prend désormais une dimension nouvelle à la lumière de l’évolution du dossier sécuritaire, du regain des violences du M23-AFC et des multiples rapports internationaux accablants pour Kigali.
Dans cette vidéo devenue virale, Paul Kagame s’affranchit du langage feutré habituellement employé dans les forums régionaux et internationaux pour livrer une lecture frontalement historique et territoriale de la crise congolaise.
« Le problème du Congo n’est pas le M23. Le M23 existait avant même que Tshisekedi ne soit président. Le problème à l’Est du Congo est que la RDC a hérité de territoires rwandais durant l’époque coloniale. »
Jusqu’ici, le Rwanda s’est toujours retranché derrière un déni officiel de toute implication directe dans les conflits armés à l’Est de la RDC, se présentant comme une victime collatérale de l’insécurité transfrontalière. Or, cette déclaration de Paul Kagame marque une rupture nette : elle ne se limite plus à une justification sécuritaire, mais convoque explicitement la question des frontières héritées de la colonisation.
Pour plusieurs analystes interrogés à Kinshasa, Nairobi et Bruxelles, cette prise de parole constitue un aveu politique à peine voilé : le conflit ne relèverait pas uniquement de la lutte contre les groupes armés ou de la protection des communautés, mais s’inscrirait dans une vision stratégique de long terme visant la reconfiguration territoriale de la région des Grands Lacs.
En évoquant un « héritage colonial injuste », Paul Kagame déplace délibérément le débat du terrain militaire vers celui du droit historique et territorial. Cette grille de lecture suggère que le M23-AFC n’est ni un phénomène spontané ni un simple mouvement rebelle, mais plutôt un instrument politique et militaire servant des objectifs plus larges.
Cette thèse rejoint les conclusions de plusieurs rapports d’experts des Nations unies, qui ont documenté un soutien logistique, militaire et financier du Rwanda au M23. Elle renforce également la position officielle de Kinshasa, selon laquelle la guerre à l’Est constitue une agression indirecte contre la souveraineté congolaise.
Du côté congolais, cette déclaration est perçue comme la confirmation d’une thèse défendue depuis des années par le président Félix Tshisekedi : celle d’une guerre menée par procuration, avec pour toile de fond des ambitions territoriales inavouées.
À plusieurs tribunes internationales, à l’ONU, à l’Union africaine et lors des sommets régionaux, le chef de l’État congolais a dénoncé une tentative de balkanisation de la RDC et une remise en cause dangereuse du principe d’intangibilité des frontières, pourtant pilier du droit international africain depuis 1964.
L’actualisation de cette déclaration intervient dans un contexte particulièrement sensible en ce sens qu’elle amène une relance fragile des processus de Luanda et de Nairobi, une présence renforcée des forces régionales et une pression diplomatique accrue sur Kigali. En réintroduisant la question des frontières coloniales, Paul Kagame met à mal les fondements mêmes de ces initiatives, qui reposent sur la reconnaissance mutuelle des États et de leurs frontières actuelles.
Pour les diplomates africains, cette posture ouvre une boîte de Pandore : si chaque État remet en cause les tracés coloniaux à des fins géopolitiques, c’est l’ensemble de l’architecture sécuritaire du continent qui vacille.
Loin d’être une simple polémique médiatique, la déclaration de Cotonou apparaît aujourd’hui comme un élément clé de compréhension de la crise à l’Est de la RDC. Elle révèle un conflit multidimensionnel où le M23-AFC n’est qu’un levier parmi d’autres dans un rapport de force régional plus vaste.
Pour Kinshasa, l’enjeu dépasse désormais la neutralisation d’un groupe armé : il s’agit de défendre l’intégrité territoriale du pays face à une remise en cause idéologique et stratégique de ses frontières. Une bataille diplomatique, juridique et politique qui s’annonce déterminante pour l’avenir de la région des Grands Lacs.
Willyeve Diakuantinu